
Dans le cadre de l’élargissement de la compétence vaccinale aux infirmiers et pharmaciens, une micro-certification de 10h30 a été conçue au Cnam Pays de la Loire.
Son objectif : permettre aux professionnels de santé d’être à la fois techniquement compétents, mais aussi outillés pour répondre aux doutes, aux questions, et aux résistances des patients.
Un enjeu central : savoir réagir face aux fausses informations sur les vaccins, omniprésentes dans les discours publics et les représentations.
« Nous voulions travailler sur la controverse vaccinale. » – Nathalie Ferronnière, responsable de formation du pôle santé du Cnam Pays de la Loire.
Un premier article a dressé l’inventaire des méthodes mobilisée pour cette formation. Cet article fait un zoom sur une forme originale de pédagogie, l’entrée par la controverse.
Travailler les représentations, pas juste transmettre des savoirs
Partir des fake news peut sembler risqué en formation, mais c’est en réalité une stratégie pédagogique qui peut s’avérer intéressante. En effet, cela permet de :
- Mettre à jour les représentations erronées que les apprenants peuvent eux-mêmes avoir ou rencontrer dans leur pratique.
- Favoriser l’esprit critique, en analysant les mécanismes de diffusion du doute ou de la désinformation.
- Ancrer les connaissances scientifiques en montrant comment elles s’opposent à des croyances ou rumeurs.

Mise en scène : une vidéo construite autour de rumeurs
Dans la micro-certification, une vidéo a été spécifiquement conçue pour mettre en scène des fake news. Les rumeurs sont présentées de manière réaliste, à travers une narration incarnée, puis déconstruites par la parole d’experts.

« Je me suis mise dans la peau de plein d’acteurs pour cette formation. Dans la vidéo, j’énonce des rumeurs, des représentations du sens commun, et à un moment, intervient la parole des experts », raconte Nathalie.
Ce travail de jeu de rôle, mené avec des infectiologues, crée un contraste fort entre ce qui se dit et ce qu’il faut savoir. Il active la vigilance des apprenants, et les prépare à faire face à des situations similaires sur le terrain.
L’intérêt de dire le faux pour faire comprendre le vrai
Utiliser les fake news en formation, ce n’est pas valider leur contenu : c’est les prendre au sérieux comme objet d’étude. Cela oblige à :
- Ne pas esquiver les controverses ;
- Adopter une posture d’éducation critique aux médias et à la santé ;
- Mettre les apprenants en situation d’analyse de discours, ce qui renforce leur posture professionnelle.
Cette démarche est d’autant plus pertinente en santé, où la relation de confiance entre professionnel et patient repose aussi sur la capacité à écouter sans juger, puis à répondre de manière argumentée et empathique.
Des idées pour réutiliser cette approche dans d’autres formations
L’exemple de cette vidéo sur la vaccination peut inspirer d’autres contextes pédagogiques :
- En droit : travailler sur des idées reçues ou des discours juridiques erronés.
- En économie : analyser des slogans ou discours populistes.
- En cybersécurité : partir de rumeurs ou conseils dangereux partagés sur les réseaux.
On peut imaginer :
- Des vidéos ou saynètes jouées par des enseignants ou des avatars ;
- Des quiz “vrai ou faux” pour démarrer un module ;
- Des débats ou jeux de rôles à distance, où les apprenants incarnent différents points de vue.
En conclusion : la pédagogie de la controverse
Intégrer les fake news en formation, c’est reconnaître que l’apprentissage ne se fait pas en vase clos, mais en prise avec le monde. C’est aussi une manière de renforcer la posture critique et éthique des apprenants, tout en les rendant plus confiants dans leur capacité à répondre à des situations complexes.
